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lundi 13 mars 2017

Point de fuite

Petit poème en prose.

Pas de perspective sur cette rive abandonnée, Ariane sans fil rouge pour me raccrocher 
au monde, je décide de me lever. Déterminée je marche vers l'horizon de mes rêves et la grève poissée de larmes s'éloigne lentement, point de fuite d'où je pars, point de fuite où s'enferre mon regard si je ne prends pas garde au trou noir qui appâte ma vision. Trouver un sens,aller quelque part, point de fuite pour qui s'y laisse piéger, piège de raison, de perception étroite d'un infini effrayant. J'ouvre mon âme, j'embrasse l'errance et je m'en vais dans le soleil rouge de l'été. 

(Pour Jessica M.)


samedi 4 mars 2017

Quelques jours avec toi


Le long des chemins
Emportés par les bourrasques
Juste toi et moi

Dans l'or du matin
Le vert des premières feuilles
Juste toi et moi

Près de l'infini
Dans un bleu scintillement 
Juste toi et moi

Jusqu'au bout du monde
Chaque fois que tu voudras
Seuls ou... avec eux ?



Merci à Virginie, qui a initié le voyage et à Christine, qui l'a rendu possible.

jeudi 16 février 2017

Demain... Hier...

Liste des nouveaux délits : aider son prochain, assister une personne en danger,  écrire ce que l'on pense, le diffuser, donner de l'argent à un SDF, héberger un humain en détresse, manifester, dire non, porter plainte en cas de violences subies, de violences sexuelles, de viol - on l'a cherché, toujours -, lever la tête, ne plus courber l'échine. La liste est longue, n'est-ce pas ? 

Hier, j'ai passé une journée en cellule. Le temps que l'appartement soit fouillé. Épluché. Dévasté. De six heures du matin, heure fracassante où ils sont entrés comme des furies - ici, pas besoin de demander l'autorisation, hein, et puis c'est l'état d'urgence, alors... - jusqu'à vingt heures, moment magique où m'ont été rendues mes affaires, même si l'évidence de la fouille m'a laissé un goût amer, une impression de souillure. Pas pire que celle que j'ai subie à mon arrivée au poste, j'imagine. Mais j'y étais préparée, d'une certaine façon. mon corps s'y était préparé. Une douche, et rien ne subsisterait. Non, ce qui est terrible, c'est cette intrusion, dans ma sphère privée, ma vie, mes idées.
Sur le chemin du retour, je cours, je fonce dans le métro. Contrôle d'identité, cette fois je passe au travers, ce n'est pas moi qu'on arrête, pas assez basanée. 
Au commissariat, ils ne m'ont rien demandé. Pas d'interrogatoire, pas de question. Mais je sais pourquoi ils m'ont traînée là-bas : je suis fabricante d'ordures, et d'ordures déplacées qui plus est. Dans mes romans, je parle de révolte, d'émancipation, de liberté.
Je rentre à la maison, le cœur battant, la gorge nouée. Surprise, ma porte est fermée. Une voisine bienveillante s'en est occupé- mais l'appartement tout entier est saccagé. 
Les livres, surtout, ont été jetés sur le sol, piétinés avec une rage mauvaise. Les neufs, les vieux, les souvenirs, les cadeaux. 
Il est temps de partir. De quitter ma ville, ma région, mon pays peut-être - même si ça me fous en rage, même si je n'ai qu'une seule envie, me battre, me battre, me battre contre les fous dangereux, les impunis, les injustes qui altèrent notre monde, notre humanité. Mais nous sommes si peu nombreux... Ils sont légion.

Les arrestations de terroristes - entendez, opposés au gouvernement, défenseurs de la terre, défenseurs du vivant - se multiplient. Les disparitions, également. Je songe aux totalitarismes qui ont gangrené le dernier siècle, je songe aux critiques étonnées - "pourquoi n'ont-ils pas réagi", "comment ont-ils pu", "ils devaient bien se douter quand même", et je me dis que nous sommes exactement comme eux, parce que nous n'y avons pas cru, parce que nous avons eu peur, paerce que nous étions fatigués, ous avons laissé l'horreur s'installer, avec sa chape de plomb faite de haine et de méfiance, de mensonges et de violence.
Nous non plus, nous n'avons rien vu venir. 
Et quand nous avons ouvert les yeux, il était trop tard. 

#Theo
#DelitDeSolidarité 
#Insoumis