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jeudi 16 février 2017

Demain... Hier...

Liste des nouveaux délits : aider son prochain, assister une personne en danger,  écrire ce que l'on pense, le diffuser, donner de l'argent à un SDF, héberger un humain en détresse, manifester, dire non, porter plainte en cas de violences subies, de violences sexuelles, de viol - on l'a cherché, toujours -, lever la tête, ne plus courber l'échine. La liste est longue, n'est-ce pas ? 

Hier, j'ai passé une journée en cellule. Le temps que l'appartement soit fouillé. Épluché. Dévasté. De six heures du matin, heure fracassante où ils sont entrés comme des furies - ici, pas besoin de demander l'autorisation, hein, et puis c'est l'état d'urgence, alors... - jusqu'à vingt heures, moment magique où m'ont été rendues mes affaires, même si l'évidence de la fouille m'a laissé un goût amer, une impression de souillure. Pas pire que celle que j'ai subie à mon arrivée au poste, j'imagine. Mais j'y étais préparée, d'une certaine façon. mon corps s'y était préparé. Une douche, et rien ne subsisterait. Non, ce qui est terrible, c'est cette intrusion, dans ma sphère privée, ma vie, mes idées.
Sur le chemin du retour, je cours, je fonce dans le métro. Contrôle d'identité, cette fois je passe au travers, ce n'est pas moi qu'on arrête, pas assez basanée. 
Au commissariat, ils ne m'ont rien demandé. Pas d'interrogatoire, pas de question. Mais je sais pourquoi ils m'ont traînée là-bas : je suis fabricante d'ordures, et d'ordures déplacées qui plus est. Dans mes romans, je parle de révolte, d'émancipation, de liberté.
Je rentre à la maison, le cœur battant, la gorge nouée. Surprise, ma porte est fermée. Une voisine bienveillante s'en est occupé- mais l'appartement tout entier est saccagé. 
Les livres, surtout, ont été jetés sur le sol, piétinés avec une rage mauvaise. Les neufs, les vieux, les souvenirs, les cadeaux. 
Il est temps de partir. De quitter ma ville, ma région, mon pays peut-être - même si ça me fous en rage, même si je n'ai qu'une seule envie, me battre, me battre, me battre contre les fous dangereux, les impunis, les injustes qui altèrent notre monde, notre humanité. Mais nous sommes si peu nombreux... Ils sont légion.

Les arrestations de terroristes - entendez, opposés au gouvernement, défenseurs de la terre, défenseurs du vivant - se multiplient. Les disparitions, également. Je songe aux totalitarismes qui ont gangrené le dernier siècle, je songe aux critiques étonnées - "pourquoi n'ont-ils pas réagi", "comment ont-ils pu", "ils devaient bien se douter quand même", et je me dis que nous sommes exactement comme eux, parce que nous n'y avons pas cru, parce que nous avons eu peur, paerce que nous étions fatigués, ous avons laissé l'horreur s'installer, avec sa chape de plomb faite de haine et de méfiance, de mensonges et de violence.
Nous non plus, nous n'avons rien vu venir. 
Et quand nous avons ouvert les yeux, il était trop tard. 

#Theo
#DelitDeSolidarité 
#Insoumis





dimanche 12 février 2017

PRIX SAINTE-BEUVE

Le prix Sainte-Beuve, c'est quoi ? Une invitation à la lecture et au développement de l'esprit critique, destiné aux collégiens de 4ème et 3ème du Pas-de-Calais. Comment ça se passe ? Dix romans différents par le genre, le style, présentant des thématiques communes cependant, sont proposés àn la lecture. Les élèves participant au prix choisissent de défendre le texte qu'ils ont préféré - à l'oral ou/ et à l'écrit. Le jury est composé du fondateur du prix, Pierric Maelstaf, d'un ou plusieurs membres de son équipe, d'une comédienne ou d'un comédien, d'un critique et d'une autrice ou d'un auteur ayant écrit l'un des récits de la sélection. Vous pouvez trouver plus de renseignements ici.

un exercice de questions et réponses organisé comme une émission littéraire
Pour moi, bien qu'éprouvant physiquement (beaucoup d'allers et retours en train et en voiture, plus un imprévu puisque Là Où tombent les anges a reçu dans la foulée le prix Gayant Lecture de Douai), ces six jours ont été une très belle expérience humaine. 
Des rencontres, d'abord. Celle de Pierric, qui se bat pour développer l'envie de lire et l'autonomie intellectuelle d'adolescents que l'on sous-estime bien trop souvent. La maturité de leurs critiques, dans l'ensemble, prouvent bien le contraire (n'en déplaisent à certains...)


Celle d'Anne, qui a magnifiquement lu et interprété des extraits de Là Où tombent les anges. C'était magique de voir son travail d'apprivoisement et d'appropriation du texte! Deux liens vers ses lectures : ici et .
Celle d'Hugo, qui travaille notamment dans la revue En Attendant Nadeau. Nous n'avons pas nécessairement les mêmes goûts ni les mêmes approches, mais son approche m'a permis de mettre le doigt sur quelque chose que je trouve essentiel sur son métier de critique (littéraire ou non) : la bienveillance. Il est aisé d'écrire un article sur un roman/ film/ peintre/ etc. que l'on n'aime pas, de se faire mousser par la méchanceté et la raillerie. Il est beaucoup plus difficile d'avoir une approche à la fois subjective et constructive, peut-être parce qu'une critique se met au service de l'objet critiqué et des lecteurs de l'article au lieu de considérer l'objet comme une manière de se faire mousser... Bref. J'interrogerai Hugo sur son métier d'ici quelques semaines, sur ce blog. 
Plus brève, mais tout aussi intéressante, ma rencontre avec Florence, journaliste plus généraliste, dont l'approche est sur ce point la même, puisqu'il y a selon elle une responsabilité du critique vis-à-vis du créateur et du public... 
De beaux moments d'émotions, ensuite. Jean-Christophe Tixier expliquait, lors de la remise du prix Gayant (son roman Dix minutes à perdre l'a également obtenu), que les livres d'or remis par les lecteurs, les petits mots, c'est ce qui nous permet d'avancer, ce qui nous redonne le moral quand on a un coup de blues, ce qui donne sens finalement à notre métier. 
Entendre des adolescents défendre Là Où tombent les anges, analyser le récit, les personnages, le style et les enjeux du roman (féminisme, arts, liberté, etc.) m'a profondément émue. Comme Jean-Christophe, je crois que rien que pour ça, rien que pour eux, on a envie de continuer. 

Bref. Six jours épuisants et intenses, qui peuvent également être deux ou quatre... Que je ne regrette absolument pas d'avoir fait!


dimanche 5 février 2017

INSOUMIS-E-S et PME

Tradition ou atavisme ? La gauche est "laxiste" et la droite "sérieuse", la gauche taxe les patrons et la droite les protège, l'économie de gauche est irréaliste, celle de droite ancrée dans le possible. 
(Par gauche, j'entends vraie gauche, hein... pas PS...)
Bon, en matière de droite sérieuse...



Depuis trente ans, les mêmes experts invités aux journaux télévisés servent la même salade à grands coups d'austérité, de lynchage des fonctionnaires et des assistés qui touchent le RSA sans rien faire alors qu'il y en a d'autres qui bossent, eux. c'était expliqué, et fort bien, dans Les Nouveaux chiens de garde, visibles ici... 

Quant  au "ni-ni" ou plutôt "et-et" de l'ultra-libéraliste Macron, comment dire... La faillite de ses bus soumis à la seule rentabilité et à la concurrence fait long feu : 175 employés licenciés par une compagnie anglaise installée en France. C'est ici (et on ne saurait accuser Libé de soutenir la vraie gauche, hein... cf un article qui se conclut,: "avec un Macron aussi haut, on ne voit pas comment la toute petite porte du second tour peut s’ouvrir à Mélenchon." ) Ses effets d'annonce : protéger non pas les emplois mais les salariés (euh... y a pas contradiction, là ? Et les 175 de Mégabus, ils sont protégés de quoi ?), aller plus loin encore dans la loi El Khomri, aider les indépendants et les PME - ok, mais comment ? Et comment le croire, venant d'un type sans programme, plein de promesses, soutenu par les grands groupes de presse, le Médef (cf. son discours de 2015 à La Rochelle), les banques, les actionnaires et surtout et nos deux sublimes présidents du FMI : DSK l'obsédé libéral (qui soutient probablement sa campagne avec son agence de com) et Lagarde la ricaneuse (affaire Tapie, "négligence", etc. cf ici ) Il choisit ses mots, Macron. Parle bien aux gens qui bossent comme des malades, paient des charges monstrueuses, etc. Et si je ne me méfiais pas de son arrivisme politique et de ses accointances, je pourrai même me laisser... toucher (parce qu'il dit "des choses justes"). Objectivement, ce n'est pas normal que les PME et les autoentrepreneurs soient broyés. parce que ce sont eux ses principales cibles (celles de ses discours). Mais le problème, c'est qu'il propose un système esclavagiste déguisé - où il devient normal de bosser 60 à 70 heures par semaine pour à peine un SMIC, où celui qui touche le RSA (oups, pardon, il ne lui restera plus grand-chose) est forcément un "assisté" ou un dealer), où tout sera en libre concurrence (exit je suppose le prix unique du livre) (et il y a qu'à voir ce que ça donne avec les lignes SNCF, TGV et consorts depuis qu'elles sont privatisées...) 
Sous l'apparence d'un homme jeune et réformiste, Macron est plutôt le nouveau candidat du vieux système... 
Ci-dessous, un extrait de l'analyse de deux "économistes atterrés", qui ont écrit un ouvrage décryptant ses idées/ mesures (à défaut de programme) :

"L’Etat doit continuer à donner plus de souplesse au marché du travail", assène l’ex-ministre de l’Economie ? "Une analyse de ces trente dernières années montre au contraire que 17 réformes visant à flexibiliser le marché du travail français ont été mises en place entre 2000 et 2013, sans que le chômage ne recule", rétorquent les deux auteurs. Ils rappellent au passage qu’il n’existe pas de consensus scientifique sur la corrélation entre flexibilité du marché de l’emploi et niveau de chômage.
"Si j’étais chômeur je n’attendrais pas tout de l’autre", est une autre petite phrase qui exaspère les deux auteurs. "Si l’on suit le raisonnement de l’ex-ministre de l’Economie, il y aurait donc d’un côté des ‘travailleurs courageux’ acceptant un salaire faible pour travailler coûte que coûte, et de l’autre des ‘fainéants’, qui, au même salaire, préfèrent le loisir. Or à l’épreuve des faits, cette représentation du chômeur paresseux ne tient pas sauf à penser qu’il y a des périodes d’épidémie de paresse, notamment au moment des crises de 1929 et 2008", relève non sans ironie Frédéric Farah et Thomas Porcher.

J'ajouterai un truc : c'est insultant. profondément insultant pour ceux qui cherchent un emploi. Ceux qui subissent les humiliations quotidiennes des entretiens où l'on est toujours trop ou trop peu (qualifié, blanc, noir, âgé, jeune, femme, homme), où on propose à une bibliothécaire de devenir soudeuse à l'autre bout de la France ou à un conducteur de bus (Macron) de travailler comme agent d'entretien à l'autre bout de la France (à mi-temps). Et puis, quand on est au chômage, il y a le regard, le jugement des autres - bien lié d'ailleurs avec cette petite phrase de Macron "si tu ne trouves pas c'est que tu veux pas"... 
Bien sûr. On n'a jamais honte de ne pas avoir de taf. De sombrer.
Que Macron aille faire un tour à Pôle emploi, lui qui a fait l'ENA et a travaillé dans une banque, il est trop qualifié, désolé, mais s'il veut rester dans le même secteur, pas de souci, il peut essayer le comptage des billets dans un dépôt privé de Gennevilliers (note : j'ai testé, c'est du boulot d'usine et comme l'argent 'est sale, ça file des boutons).

Une des critiques les plus virulentes des économistes, se porte également sur ce qu’ils pensent être une opération menée par Emmanuel Macron pour décrédibiliser toute forme d'alternative à gauche. Des déclarations comme "toute autre politique est un mirage" ou "le FN est un Syriza  à la française" montrent selon eux, que l’ex ministre a une vision binaire du monde: "ouverture vs repli", "pro-européen vs eurosceptique", "nucléaire contre le retour à la bougie". "Ce schéma qui interdit la réflexion est clairement un danger pour la démocratie », s’inquiètent-ils.

"Un élève modèle de Bruxelles, qui suit l'air du temps"

 

Sur le bilan du ministre, les deux auteurs ne sont pas plus tendres: "Une pâle copie de ce qui s’est fait quelques années plus tôt en Italie et en Espagne", tranchent-ils. La loi Macron est en effet selon eux un duplicate de la loi italienne Libéralisation et promotion de la concurrence et de la compétitivité, conduite, elle aussi par "un gouvernement dit de gauche", celui de Romano Prodi. Le genre de réforme grégaire dans la droite mouvance d'une Europe libérale qui fait de Macron "un élève modèle de la commission européenne (...) "incapable de faire autrement de suivre l'air du temps".
Enfin, et c'est peut-être le constat la plus acerbe de l'ouvrage, au-delà des critiques sur le diagnostic et les solutions proposées par Emmanuel Macron. Frédéric Farah et Thomas Porcher lui reprochent surtout de manquer d'une grande vision industrielle pour la France. "Il est incapable d’identifier les voies d’avenir, or la transition énergétique offre des espaces d'innovations à tous les étages",regrette Thomas Porcher. "On aurait aimé qu’il se pose les vraies questions, comme, par exemple, pourquoi nous n’avons pas de géant de la téléphonie mobile en France comme Apple ou Samsung ? Il devrait challenger les chefs d’entreprises et ouvrir des voies, mettre en place un état stratège et des espaces d'innovation".

Je ne suis pas économiste, mais j'aime bien ce groupe et je vais de ce pas d'ailleurs me procurer leur bouquin.
Parce que ça m'intéresse d'avoir des arguments.
Mais bon, j'en reviens à mes moutons. Les PME et les Insoumis-e-s. Et voici ce que je veux partager avec vous :

Les Insoumis-e-s souhaitent également empêcher les licenciements boursiers dans les entreprises (I.E voulus par les actionnaires) et changer les logiques financières qui pourrissent aujourd'hui la vie sociale et salariale des travailleurs, abroger la loi El Khomri (heureusement...) qui a été IMPOSEE par le 49.3 et dont personne ne veut (ah, sinon, moi j'y suis soumise à cette loi, et mes petits camarades auteurs et scénaristes et dessinateurs aussi, elle existait même pas qu'on avait déjà les pieds dedans : ça s'appelle la précarité), un truc que j'aime bien aussi : en cas de chômage longue durée, l'état devient employeur et verse une allocation en échange d'un travail d'intérêt général, jusqu'à ce que la personne  trouve un emploi lié à sa qualif. Ah, et puis remplacer le RSI par la sécurité sociale pour les indépendants... 

Irréaliste ? Laxiste ? Non, je ne crois pas. Mais plus humain, oui. 
Et loin des banques.